Brigade du Foot

actualité du Foot amateur de votre région

Les Adjoints dans le football amateur

Vie de club

Les Adjoints du Foot Amateur : sans eux, le club ne tourne pas

Un samedi matin, 8 h 30. Terrain boueux, ciel bas, café tiède. Le coach principal discute avec le président, le regard encore dans le rétro. À trente mètres de là, une silhouette s’affaire depuis déjà trois quarts d’heure : elle a installé quarante-sept cônes, gonflé huit ballons, trié les chasubles par taille, envoyé trois messages aux retardataires et vérifié que le vestiaire était bien ouvert. Personne ne la voit. Personne ne dit merci. Et pourtant, sans elle, rien ne démarre. C’est l’adjoint — le fantôme du vestiaire, celui qui fait tourner la machine pendant que d’autres font le discours.

L’adjoint, le lien qui ne brille pas

L’adjoint, c’est la pièce qui ne brille jamais sur la photo d’équipe. Il ne signe pas les compos, ne parle pas aux journalistes, n’a pas la clef du bureau du président. Mais c’est lui qui tient les petits bouts : l’eau fraîche, la bonne parole, le mot pour calmer un parent, le regard pour sentir quand un gamin décroche. Il n’est ni chef ni subalterne. Il est le lien.

Le quotidien du type qu’on ne remarque pas

Un mardi soir de novembre, Sandra, adjointe en U11, arrive la première. Elle sort le sac de plots du local humide, gonfle deux ballons crevés, installe la séance. Les enfants débarquent, un oublie ses crampons, un autre son survêt. Elle sort une paire de secours de son coffre. Le coach arrive, la séance démarre. Pendant qu’il parle aux parents, elle corrige les gestes, remet un gamin à sa place, aide celui qui boude. À la fin, elle range pendant que les autres s’en vont. Personne ne le dit, mais tout le monde sait : sans elle, la séance aurait tourné court.

78 %
des adjoints sont bénévoles
12 h/sem.
données réelles vs 6 officielles
2ᵉ maison
le club, malgré le boulot et la famille

Ces moments où l’adjoint sauve tout

On se souvient des coachs champions, jamais des adjoints qui ont sauvé la saison.

Mi-temps d’une demi-finale de coupe : l’équipe perd 2-0, le coach a la tête vide. L’adjoint s’avance :
Les gars, regardez vos parents là-haut. Ils ont fait cinquante bornes un dimanche matin. Vous allez vraiment les laisser rentrer comme ça ?

Silence. Puis un hochement de tête. L’équipe revient, gagne 3-2. Dans le résumé du journal, on lira : « Choix tactique payant de l’entraîneur. »

Autre scène. Lucas, quatorze ans, veut tout arrêter : trop de pression du père. Le coach ne le voit pas, l’adjointe si. Elle le prend à part, parle vingt minutes, appelle la mère. Lucas reste. Trois ans plus tard, il passe senior.

Analyse de match. L’adjoint remarque sur YouTube que le milieu adverse ne remonte jamais. 75ᵉ, pressing haut tenté : deux buts plus tard, tout le monde acclame « la bonne lecture du match ».

Les phrases qui tuent… et celles qui réparent

À bannir

  • « T’es là pour aider, pas pour donner ton avis. »
  • « Le coach décide, toi tu exécutes. »
  • « Si t’es pas content, tu dégages. »

À dire à la place

  • « Ton regard m’aide à y voir clair. »
  • « Merci, sans toi, je ne tiendrais pas deux mois. »

Un adjoint écouté, c’est un staff soudé.

Les différents visages de l’adjoint

Ancien fidèle
Parent dévoué
Jeune diplômé
Futur coach
Bénévole pur

Il y a d’abord l’Ancien Fidèle — au club depuis trente ans, mémoire vive du vestiaire. Le Parent Dévoué — venu pour son enfant, resté pour les autres. Le Jeune Diplômé — rigueur, fiches, tablettes, beaucoup d’envie. Le Futur Coach — il observe, apprend, prépare son moment. Et le Bénévole Pur — pas de diplôme, pas d’ego, mais le cœur du club.

Les chiffres qui piquent

  • 9 clubs sur 10 : l’équipe U13-U15 tourne avec un coach et un seul adjoint pour ~20 joueurs.
  • 23 % seulement des adjoints ont une formation diplômante.
  • Le reste apprend sur le tas, au bord des terrains, entre deux discussions avec des parents.
  • C’est le bénévolat qui tient le football français, pas les millions.

Les clubs qui ont compris

Des gestes simples qui disent : vous comptez.

  • Photo de l’adjoint affichée sur le site à côté du coach.
  • Compte rendu de match signé à tour de rôle par les adjoints.
  • Petit budget matériel confié aux adjoints.
  • Licence, survêt et assurance offerts.
  • Un « Café des adjoints » mensuel pour partager.

Quand ça dérape

Marc, 39 ans, ex-adjoint U17 : « J’ai tenu deux saisons. Le coach me prenait pour son larbin. Un jour, il m’a engueulé devant les gamins pour des plots oubliés. J’ai rendu mon survêt. Je n’ai pas regretté. »

Un adjoint n’est pas un sous-éducateur : c’est un partenaire. Le respect va dans les deux sens.

Les erreurs à éviter

  • Contredire le coach devant les joueurs.
  • Parler aux parents quand on est à bout.
  • Oublier qu’on représente le club, même en civil.
  • Négliger la sécurité pour gagner du temps.
  • Prendre parti entre deux jeunes en conflit.
  • S’épuiser sans rien diresignal faible à écouter.

Le poids invisible de la reconnaissance

À la fête du club, le président remercie « les éducateurs et leurs adjoints ». Une phrase. Une seule. Quinze bénévoles pour ça. Les vrais adjoints ne courent pas après les discours. Ils veulent une parole, une écoute, une place dans la réflexion.

Leur travail est logistique, technique, mais surtout émotionnel. Ce sont eux qui connaissent les joueurs par leurs prénoms, leurs fragilités, leurs histoires. Ils font tenir le vestiaire, parfois mieux que le coach lui-même.

Ce qu’ils sont, vraiment

L’adjoint, c’est celui qui garde la lumière allumée quand tout le monde est parti. Un soir d’hiver, un club de l’Oise n’avait plus de coach pour les U15. Samir, 46 ans, agent de sécurité, lève la main : « Je veux bien aider, mais je ne suis pas coach. » Le club répond : « Trouve-toi un coach, ou deviens-le. »

Il appelle Manu, jamais entraîné. Manu devient coach, Samir adjoint. Quinze gamins, un terrain abîmé, pas de budget. Trois ans plus tard, montée en Honneur. Deux jeunes partent en centre de formation. Samir refuse la place de coach principal : « J’aime être dans l’ombre, c’est là que je sers à quelque chose. »

C’est ça, un adjoint : pas un second, pas un figurant. Le cœur discret du club.

FAQ vestiaire

Peut-on être adjoint sans diplôme ?

Oui, tant qu’un éducateur diplômé encadre la séance. Suivre une formation CFF aide à mieux comprendre le jeu et les enfants.

Combien d’adjoints par équipe ?

En U7-U11, souvent un coach et un adjoint. En U13-U19, un entraîneur et parfois deux adjoints. Chez les seniors, rarement plus d’un, sauf en régional.

Peut-on devenir salarié ?

Dans les gros clubs oui, mais la majorité reste bénévole ou indemnisée symboliquement.

Que faire si le coach ne t’écoute jamais ?

En parler en dehors du terrain. Sinon, alerter le responsable technique. Un adjoint qu’on ignore finit par partir.

Comment progresser ?

Observer, se former, diriger un atelier, poser des questions. Chaque séance est une école à ciel ouvert.

Voilà pourquoi, dans le foot amateur, sans adjoints, rien ne tourne.
Ils ne cherchent pas la lumière, ils la tiennent. Si tu croises celui qui ramasse les cônes pendant que tout le monde file à la buvette, serre-lui la main. Dis-lui juste : merci.