Changer son enfant de club mais pourquoi

Changer son enfant de club de foot : décisions, doutes et réalité du terrain
Rien qu’en le prononçant, ça serre un peu la poitrine :
changer son enfant de club.
Parce que derrière une simple licence plastifiée, il y a une histoire.
Des mercredis sous la pluie, des dimanches matin trop tôt, des cris de joie, des larmes, des éducateurs qui donnent du temps qu’ils n’ont pas, des parents qui s’organisent comme ils peuvent.
Et puis un jour, dans la voiture en rentrant de l’école ou du match, une petite phrase tombe :
« J’ai plus trop envie d’y aller… ».
C’est souvent là que tout commence. Pas un grand débat, juste un malaise qui s’installe.
La question arrive : est-ce qu’on doit changer de club ?
Quand la question commence à trotter dans la tête
Ce n’est presque jamais une décision prise sur un coup de tête.
Ça commence par des détails : des lacets serrés à contre-cœur, un sac qui reste au sol plus longtemps que d’habitude, un regard qui ne brille plus à l’idée d’aller s’entraîner.
Un parent le sent très vite.
Un éducateur aussi.
Il y a un moment où l’on comprend que quelque chose s’est cassé, doucement, sans bruit.
Les vraies raisons qui font changer de club
On entend souvent des résumés trop simples :
« Il veut jouer plus haut »,
« On va dans un club plus fort ».
La réalité, sur les terrains, est souvent plus nuancée.
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Le plaisir s’est éteint.
L’enfant traîne des pieds, ne s’amuse plus, ne raconte plus ses entraînements ni ses matchs. -
Il ne progresse plus.
Le contenu des séances ne lui parle plus, il a l’impression de stagner, de faire toujours la même chose. -
Ça ne se passe pas bien avec l’éducateur.
Une parole mal vécue, un ressenti d’injustice, une relation qui s’est tendue. Parfois, ça coince humainement, tout simplement. -
Il ne joue presque jamais.
Enchaîner les remplacements de dernière minute, entrer à la 39e, sortir à la mi-temps…
À un moment, ça use. Un enfant a besoin de se sentir utile, pas décoratif. -
Il pense que l’herbe est plus verte ailleurs.
Un copain est parti dans le “gros” club du coin, on voit des photos de trophées sur les réseaux, et tout à coup le club d’en face semble magique. -
Il ne trouve plus sa place dans le groupe.
Nouvelle génération qui arrive, changement d’ambiance, copains qui partent… Il ne se retrouve plus dans le vestiaire. -
La vie de famille a changé.
Horaires, travail, déménagement, petit frère ou petite sœur qui arrive… Parfois le club n’est plus adapté au rythme de la maison.
Rien de tout ça ne fait de vous de “mauvais” parents, ni de lui un enfant instable.
C’est juste la vie. Des cycles qui se ferment, d’autres qui s’ouvrent.
Les mauvaises raisons… mais qu’on croise tout le temps
Il y a aussi des motifs qu’on voit revenir encore et encore sur les terrains, et qui, eux, font plus de dégâts que de bien.
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“Mon fils est meilleur que les autres, il mérite mieux.”
Parfois c’est vrai qu’il a du potentiel. Mais un enfant a surtout besoin d’un cadre, d’une progression, d’un éducateur qui explique, pas seulement d’un maillot “plus prestigieux”. -
“Le club d’à côté gagne tout, on veut gagner aussi.”
En U8, U9, U10… les coupes vont dans une armoire. Les souvenirs, eux, restent dans la tête des enfants. Les trophées, ça brille quelques jours. Le plaisir, c’est ce qui fait qu’ils restent. -
Suivre le mouvement sans réfléchir.
Un parent parle de partir, puis deux, puis trois… et on se retrouve à changer de club “parce que tout le monde le fait”. Sauf que vos enfants n’ont pas tous la même histoire.
Le danger, c’est de prendre une décision de grandes personnes… pour de mauvaises raisons, alors qu’au fond, l’enfant, lui, n’avait rien demandé.
Comment sentir si c’est vraiment le moment
Pas besoin d’un tableau, ni d’un test en ligne.
Quelques questions suffisent :
- Est-ce qu’il sourit encore à l’idée d’aller au match ?
- Est-ce qu’il raconte ce qu’il s’est passé à l’entraînement ?
- Est-ce qu’il a encore des copains dans l’équipe ?
- Est-ce qu’il se sent respecté, écouté, considéré ?
- Est-ce lui qui parle de changer… ou surtout vous ?
Quand, sur plusieurs semaines, la réponse est souvent “non”, c’est qu’il est temps d’ouvrir la discussion calmement, sans menace, sans pression.
Choisir un nouveau club sans se laisser aveugler
On pourrait croire que le meilleur club, c’est celui qui a le plus beau stade, le plus de licenciés, la plus grosse vitrine de trophées.
En réalité, pour un enfant, le bon club, c’est celui où :
- on le regarde dans les yeux quand on lui parle,
- les éducateurs prennent le temps d’expliquer les choix,
- la notion de temps de jeu est claire et assumée,
- les parents sont considérés comme des partenaires, pas comme un problème,
- il rentre à la maison fatigué… mais heureux.
Progresser, ce n’est pas forcément jouer “plus haut”.
C’est évoluer dans un environnement où on se sent à sa place, avec un projet qui a du sens pour son âge.
Le jour où il faut annoncer le départ
Ce moment-là, personne ne l’aime.
Ni les parents, ni l’enfant, ni l’éducateur qui va entendre la phrase.
Il n’existe pas de texte parfait, mais quelques mots simples suffisent :
Merci pour ce que vous avez fait pour notre enfant.
Il va essayer un autre club, pour voir autre chose et se relancer.
Il garde de bons souvenirs d’ici, et nous aussi.
Pas besoin de faire le procès du club. Pas nécessaire non plus de tout accepter en silence si des choses se sont mal passées.
On peut dire la vérité sans détruire ce qui a été construit.
Ce que ressent vraiment un éducateur quand un joueur s’en va
Beaucoup répondent : « C’est comme ça, ça fait partie du jeu. ».
En surface, oui.
Mais à l’intérieur, ça remue.
Un coach se souvient du premier entraînement, du premier but, de la première fois où l’enfant s’est effondré en larmes après une défaite.
Il repense aux progrès, aux petites victoires invisibles, à ce gamin qui n’osait pas parler et qui, un jour, a pris la parole dans le vestiaire.
Quand un joueur part, ce n’est pas seulement un numéro qui disparaît d’une feuille de match.
C’est un bout de saison, un morceau de vie, qui s’éloigne.
Et si l’enfant regrette son choix ?
Ça arrive.
Nouveau club trop dur, ambiance différente, éducateur avec une autre manière de faire, promesses de temps de jeu non tenues…
Parfois, on se rend compte que l’herbe n’était pas plus verte, elle était juste différente.
Il ne faut pas avoir honte de l’avouer.
Un retour n’est pas un échec.
C’est une décision courageuse, celle qui consiste à reconnaître qu’on s’est trompé de route, et à revenir là où on était mieux.
Dans le foot amateur, tout le monde finit par se recroiser.
Un jour, l’enfant de maintenant reviendra peut-être avec son propre fils ou sa propre fille, pour leur montrer le terrain où tout a commencé.
Un mot pour les parents
On ne le répète pas assez : vous n’avez pas un « dossier joueur » à gérer.
Vous avez un enfant qui aime un sport, avec ses émotions, ses doutes, ses envies.
Votre rôle n’est pas de lui bâtir une carrière.
Votre rôle, c’est de l’aider à garder le football du côté du plaisir, du jeu, du lien social, pas du stress permanent.
Un mot pour les éducateurs
Les départs font mal, surtout quand on a donné sans compter.
Mais ils font partie du chemin.
Un joueur qui part n’enlève rien à ce que vous avez transmis.
Parfois, ce que vous avez semé ne se verra que plus tard : dans un comportement, une attitude, une manière d’être sur un autre terrain, dans un autre club.
Former, c’est accepter que les enfants réussissent sans vous, ailleurs.
C’est dur. Mais c’est beau aussi.
Et vous…
Votre enfant a déjà changé de club ?
Vous êtes éducateur et vous avez vu partir des joueurs qui comptaient pour vous ?
Racontez-le en commentaire. Vos histoires aideront d’autres familles, d’autres coachs, d’autres enfants.
Gérald M., éducateur sur les terrains du foot amateur et papa qui a déjà entendu :
« J’ai plus trop envie d’y aller… » dans la voiture.